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Edito

« Regardons alentour. La terre tremble de partout, les volcans s'éventrent, les inondations
rasent les pays, les tornades déracinent les bourgs, les épidémies sont inarrêtables,
la température flambe, l'eau s'épuise et se pollue, les famines fauchent des communautés
sans recours, et tout cela est le plus souvent la conséquence de l'œuvre des hommes.
Résistons à la pensée de l'Apocalypse... La mondialité est cette aventure sans précédent
qu'il nous est donné à tous de vivre, dans un espace-temps qui pour la première fois,
réellement et de manière foudroyante, se conçoit à la fois unique et multiple, et inextricable.

C'est la nécessité pour chacun d'avoir à changer ses manières de concevoir, d'exister et
de réagir, dans ce monde-là.


L'envers désastreux en est la mondialisation : l'uniformisation par le bas, la standardisation,
le règne secret et tellement évident des multinationales, le libéralisme sauvage sur les marchés
mondiaux, les saveurs particulières noyées dans la froide asepsie du Règlement universel...

II n'y a pourtant pas d'autre voie possible. Aucune solution aux problèmes du monde,
c'est-à-dire aux problèmes des peuples, à leurs problèmes de simple survie et à leurs problèmes
de relation entre eux, ne sera durable, ou du moins profitable pour un temps, sans cette
énorme insurrection de l'imaginaire qui portera enfin les humanités à se vouloir et à se créer... »


Edouard Glissant « La cohée du lamentin »