Création 2004
12 acteurs (12 nationalités, 12 langues et plus) , un auteur, un musicien et moi-même orchestrant l'aventure. Spectacle des plus cosmopolites avec des gens et des tranches de vies joyeuses ou douloureuses.
Leurs briques à eux, ce sont des mots d'ici et d'ailleurs.
Leurs briques à eux, ce sont des corps qui parlent. Ils briquettent les sons,
les mots et les gestes pour construire leur tour, mais une tour à hauteur d'yeux : fragile, provisoire, incertaine, à l'opposé du gigantesque et prétentieux monument.
Mais aussi spectacle sous forme de métaphore d'une humanité en mouvement, symbole des migrations passées et présentes, abri précaire des foudres éternelles, asile dérisoire d'un perpétuel exode, un Babel-Taxi qui s'empare du mythe pour nous parler du monde et de la vie d'aujourd'hui.
A. T.
Il y a bien longtemps des hommes venus d'Orient s'établirent en terre de Sinéar. D'une seule voix, ils décidèrent de bâtir Babel, une ville surplombée par une tour qui irait jusqu'au ciel. Alerté par la progression des travaux, Adonaï, alias Iavhé alias Jéhovah, perçut la solidarité du groupe comme une ombre à sa puissance. Il détruisit alors la Tour et introduisit des langues diverses afin que les bâtisseurs cessent de se comprendre. Le chantier périclita, les hommes et leurs dialectes se dispersèrent à travers le monde. Globalisation tous azimuts, montée des nationalismes, des intégrismes, exactions terroristes..., le mythe de Babel résonne d'une cruciale modernité.
Rien d'étonnant à ce que Alain Timar, de par ses origines, livre son approche de cet épisode biblique. Commande fut passée à Mohamed Kacimi, algérien, fils de théologien, écrivain, dramaturge, traducteur des poètes Guillevic et Bernard Noël.
Ainsi est né Babel-Taxi. L'histoire débute par un bus qui tombe en panne sur les rives de l'Euphrate. A son bord, des voyageurs venus d'Asie, d'Europe, d'Afrique, d'Amérique. Amor, l'aventurier italo-chaldéen, se propose de les guider jusqu'à la Tour de Babel avec son bateau-taxi. Mais la Tour n'est plus qu'un trou autour duquel chacun décide de raconter son parcours, des récits où s'enchevêtrent les fêlures intimes et les failles du monde.
Sur le texte de Kacimi, Jean-Jacques Lemêtre, compagnon de route d'Ariane Mnouchkine, délaisse son instrumentarium mirifique au profit d'une partition de voix parlées, recueillies aux quatre coins de la planète. Les mots se combinent au gré de leur métrique et musicalité. L'ensemble forme les divers mouvements d'une symphonie.
Ce poème sonore baigne un espace scénique occupé par douze comédiens de douze nationalités différentes. Tantôt acteur, tantôt passeur de langues, chacun évolue sur une toile, une voile. Manipulée comme un mouchoir de magicien, l'étoffe devient fleuve, ciel, désert, ...
Ainsi est né un spectacle qui évolue à plusieurs niveaux. Le premier se cantonne à l'histoire, sa trame linéaire, sa succession de tableaux. Le second dessine une mosaïque de parlers au coeur de laquelle la vérité de l'émotion se joue des traductions littérales. Mais la connaissance des mots est-elle indispensable à la reconnaissance de l'autre ?
Les questions s'insinuent, le métissage se confond dans l'interdisciplinarité.
Ainsi les multiples deviendront Un, au gré d'un défi artistique qui se nourrit des différences mais interroge aussi sur l'uniformisation, I'incompréhension et la perte d'identité.
De la tour au trou, du trou à la tour, Babel-Taxi est une invitation à écouter autrement.
Michel Flandrin
Mise en scène, scénographie :
Alain Timar
Avec : David Barlow, Hanane Belhouari, Bonnie Gould, Dido Lykoudis, Ning Chunyan, Kola Ogundiran, Macha Pétina, Roland Pichaud, Juan Salvati, Tulika Srivastava, Giovanni Vitello, Zohar Wexler
Musique : Jean-Jaques Lemêtre
Costumes : Marianne Custer
Lumières : Kenton Yeager, Stanislas Pierre
Son : Stanislas Pierre , Yann Lemêtre, Mike Ponder
Conseiller littéraire : Roger-Daniel Bensky
Interprète : Anne Polombo
Régie générale : Stanislas Pierre assisté de Valérie Foury
Coproduction :
Théâtre des Halles / dir. Alain Timar / Avignon / France
Clarence Brown Theatre / dir. Blake Robison / Knoxville / Etats-Unis
Avec l'aide de :
- Le Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC PACA),
- le Conseil Régional PACA,
- le Conseil Général de Vaucluse,
- la Ville d'Avignon.
Et le soutien de :
- l'A.F.A.A. (Association Française d'Action Artistique),
- et de la Fondation Beaumarchais.