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création 2000 – Le procès

Mise en scène, scénographie Alain Timár

 

” On ne décide pas un beau jour – innocemment ou par mode – de monter et mettre en scène ‘ Kafka’ . Il est un de ces écrivains dont l’œuvre accompagne toute votre vie. A l’instar d’un Sartre qui aurait confié : ‘ Je suis profondément influencé par Kafka ‘, je pourrais aisément répéter la même chose. Et du même coup rester muet sur le pourquoi profond, tant les croisements entre la vie et l’œuvre se mêlent et s’entremêlent ! Rien de mythique ou de symbolique ici, mais tout simplement l’histoire d’un humain parmi ses semblables… aux prises avec lui-même !

Je pourrais certes, en fouillant maladroitement de tous côtés, épiloguer sur les motivations littéraires, philosophiques, mystiques et autres qui me poussent ainsi, mais je ne saurais ou ne voudrais pas répondre fondamentalement à la question du pourquoi. Peut-être ne faut-il d’ailleurs pas chercher à trop creuser, mais suivre cet instinct, cette intuition qui me rendent l’écriture et l’être si proches, presque intimes.

Adoptée tour à tour par les surréalistes et les existentialistes, l’œuvre de Franz Kafka que lui-même vouait à la destruction mais qui depuis n’a cessé d’asseoir sa réputation, s’accommode mal des succès faciles, des récupérations simplistes.

Je cherchais depuis longtemps comment aborder Le procès au théâtre, le rendre audible et visible en évitant clichés et pièges. Je ne voulais pas d’une pièce politique, ni théologique, ni psychologique, ni psychanalytique. Grave et léger, tragique et burlesque, atypique et universel, énigmatique et évident, limpide et mystérieux : les qualificatifs s’accumulent, s’opposent et révèlent chacun à leur façon une des facettes de ce roman inachevé.

Il fallait donc témoigner de l’ensemble et plus encore ! Ainsi peuvent se résumer les défis lancés à l’adaptation et à la mise en scène. Cette tâche nécessitait de repartir du texte original écrit en allemand, de trouver ensuite une direction de jeu et un espace propres à traduire un monde d’apparences, de paradoxes, où les évènements s’enchaînent avec une logique implacable tout en donnant l’impression d’une totale liberté, voire d’une parfaite insouciance. Quoi de plus juste ici que de rompre avec l’illusion, la fiction et de mettre la théâtralité à nu, à découvert.

Le public et les acteurs sont convoqués pour mener l’enquête et tirer au clair l’affaire ‘ Joseph K ‘, cet homme sans qualités particulières et qui somme toute eut préféré qu’on le laissât travailler et vivre en paix.

Les témoins et participants doivent jouer à… faire comme si… établir des hypothèses afin de dénouer l’intrigue, reconstituer le puzzle, mettre à jouer le dessous des cartes, essayer d’en savoir plus sur le comment, le pourquoi de l’arrestation et de l’exécution.

Que s’est-il passé au juste ? Cette application, cette ténacité, cet empressement qui les occupent, cette volonté à vouloir maîtriser la situation dans une quête et un jeu sans fin attestent d’une témérité douteuse, d’une vitalité suspecte. Car ici le vrai cache le faux, le faux dévoile le coin d’une autre vérité, la simulation le dispute au vraisemblable et le kaléidoscope de la vie réfléchit à l’infini le noir et le blanc, le vide et le plein, le dedans et le dehors, l’intérieur et l’extérieur, l’enfermement et la liberté toujours possibles. Ces contradictions, ces ambiguïtés, le monde paradoxal dans lequel évoluent Joseph K et ses acolytes nous immergent dans un univers d’un comique terrifiant, tragiquement burlesque. Buster Keaton (encore lui) n’est pas loin. Le procès traduit  ‘ un humour d’une noirceur sans doute accablante ‘ note Bernard Lortholary, ‘ mais qui n’en participe pas moins du cocasse, du grotesque, du burlesque. ‘

Mieux vaut en rire semble nous confier Joseph K, et si vous le souhaitez, je vous accompagne. “

A.T

Texte de : Franz Kafka
Publié aux : Éditions Lasman
Traduction, adaptation : David Zane Mairowitz, assisté de Nicole Marmet

 

Avec :
Marcelle Basso
Marie Bos
Paul Camus
Camille Carraz
Sandor Keresztes
Pierre Alanic-Lewi
Ivo Palec
Jérôme Rigaut,
Candy Saulnier
Régis Verdier
Entraînement, chorégraphie : Yves Michel
Décor : Frédéric Pacqueu, David Hanse, David Martial, Marguerite Régoli
Créations sonore et musicale : Jaques Diennet / UBRIS Studio
Régie son : Benjamin Chabas
Création lumière : François Ridard
Régie lumière : Valérie Foury
Costumes, maquillage : Pascale Richy
Administration : Laurette Paume
Relation publique : Eve Ferragut

Avec l’aide du Ministère de la Culture (DRAC PACA), du Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, du Conseil Général de Vaucluse et de la Ville d’Avignon.
Avec le concours de la Mission 2000 Avignon, de l’ADAMI.
Ce spectacle a bénéficié d’une aide à l’écriture du Ministère de la Culture et de la Communication.
Avec le soutien du Théâtre de Cavaillon (Scène Nationale).